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07/05/2009

"Café Crimes" avec Gonçalo Amaral sur Europe 1

Lire aussi la transcription complète de l’interview de Gonçalo Amaral sur Europe 1.


Café crime - Emission de Jacques PRADEL sur Europe 1

Avec : Gonçalo Amaral et Georges Moréas (GM).

Livre "Maddie, l'enquête interdite" chez Bourin éditeur



00.28 Jacques Pradel : Bonjour à tous. Bienvenu. Le standard de "Café crime" est ouvert à l'instant au 01 42 32 15 15 pour les questions et les réactions sur ce qui va se dire dans un instant dans cette émission. Si vous êtes sur internet on reçoit également les courriels sur Europe1.fr.

Et deux ans, deux ans après la disparition, au Portugal, de la petite Maddie, de nombreuses zones d'ombres continuent à entourer les circonstances de ce fait divers, qui a pris en quelques mois une ampleur planétaire. L'affaire n'est toujours pas résolue. L'enquête est officiellement close.

01.04 Les parents de Maddie, à un moment soupçonnés, sont rentrés blanchis en Angleterre. Ils continuent actuellement de privilégier la thèse de l'enlèvement et pour marquer cet anniversaire, le coordinateur de la cellule d'enquête de la police judiciaire portugaise qui a animé cette cellule pendant de nombreux mois, Mr Gonçalo Amaral, a décidé de rompre le silence sur les coulisses de l'affaire. Il a démissionné pour mettre noir sur blanc, dans un livre qui parait aujourd'hui en France, les raisons pour lesquelles il ne croit pas que Maddie a été enlevée.

01.38 Dans ce livre, intitulé "Maddie, l'enquête interdite", qui parait chez Bourin éditeur, Gonçalo Amaral expose les raisons pour lesquelles il pense, en conscience et en liberté, que Maddie est décédée dans l'appartement où sa famille passait ses vacances dans le sud du Portugal. Pour lui, les parents de Maddie sont impliqués. Ils ont inventé la thèse de l'enlèvement de leur fillette pour fuir leurs responsabilités avec la complicité, certaine, d'autres couples britanniques qui étaient là-bas sur place.

02.12 Mr Gonçalo Amaral est l'invité de "Café crimes" en compagnie de Georges Moreas, ancien commissaire principal de la police judiciaire, qui s'est passionné, lui aussi, pour cette affaire, et puis nous aurons en ligne également, dans cette émission depuis Londres, la correspondante d'Europe1 en Grande-Bretagne, Amandine Alexandre. Elle nous dira toute à l'heure ce que font aujourd'hui les parents de Maddie, Gerald et Kate McCann. Elle nous dira aussi le contenu d'une émission de télévision qui va passer ce soir en Angleterre sur Channel 4.

02.47 Mais d'abord, retour sur les circonstances précises d'une disparition énigmatique.

02.59 Le samedi 28 avril 2007, arrive à l'aéroport de Faro, la capitale de la province de l'extrême sud du Portugal, quatre couples britanniques accompagnés de leurs enfants, et pour l'un de ces couples, de la grand-mère maternelle. Ils sont presque tous médecins, ils ont l'habitude de passer de courtes vacances ensemble depuis plusieurs années. Ce jour là ils embarquent dans un minibus, mis à la disposition des touristes pour parcourir les 70 kilomètres qui les séparent de leur destination finale, un complexe hôtelier, l'Ocean Club, à Vila da Luz, non loin de la ville de Lagos.
03.36 A leur arrivée on leur attribue plusieurs appartements voisins, au rez-de-chaussée et au premier étage d'une résidence dont l'arrière donne sur une piscine, un court de tennis et un restaurant, le "Tapas". L'accès principal se fait par le parking situé devant la résidence entouré d'un mur d'un mètre de haut ouvert en son milieu. Il n'existe aucun système de vidéo surveillance ou de sécurité privée. L'accès aux aires de loisirs n'est pas contrôlé non plus. Vila da Luz est un village touristique construit dans les années 60-70 et il accueille une majorité de touristes britanniques.

04.16 Au cours de la soirée du 3 mai, les McCann dinent avec leurs amis au restaurant "Tapas". Vers 22h, Kate McCann se lève de table pour aller voir si les enfants, qui dorment dans leur appartement en rez-de-chaussée de la résidence voisine, vont bien. Ses jumeaux, âgés de deux ans, dorment à poings fermés dans leurs berceaux. La porte de la chambre de sa fille Madeleine, bientôt 4 ans, n'est pas fermée, ce qui l'étonne. Elle entre. La fenêtre est ouverte, le volet levé, le vent agite les rideaux entrouverts. Maddie a disparu. Aussitôt, Kate, affolée, revient en courant au restaurant pour prévenir son mari et ils retournent ensemble à l'appartement accompagnés de leurs amis qui ne peuvent que se rendre à l'évidence. Les quatre couples se mettent alors à prospecter les environs, et, ne trouvant pas de trace de la petite fille, ils appellent la police.

05.13 Le soir même, le directeur de la police judiciaire portugaise à Lisbonne reçoit sur son portable un appel de l'ambassade de Grande-Bretagne. Son correspondent lui demande s'il est au courant de la disparition d'une petite fille britannique. Il tombe des nus et il commence bien sûr à passer de multiples coups de fils pour s'informer. Pendant ce temps les policiers portugais arrivent à la résidence de l'Ocean Club. Ils constatent qu'il n'y a aucun désordre dans la chambre où dormait Maddie. Le lit n'est pas défait, il n'y a pas de traces d'effraction, ni sur la fenêtre, ni sur le volet qui s'ouvre de l'intérieur, ni sur la porte. L'enquête de voisinage permet aux policiers de retrouver des témoins, des vacanciers irlandais qui affirment avoir aperçu un peu avant 22h un homme qui portait une fillette dont le signalement correspond à celui de la petite fille. Tout concours donc à faire penser à un enlèvement. L'alerte générale est donnée à toutes les polices du Portugal.

06.17 L'enquête de la PJ portugaise permet de recueillir dans les jours et les semaines suivantes des centaines de témoignages plus ou moins fantaisistes mais tous sont vérifiés, sans succès. Très vite, les policiers se rendent compte de certaines contradictions entre le récit de la soirée que donnent les quatre couples et la mère de Fiona Payne, la femme du médecin, qui a, d'ailleurs, organisé le voyage. Elle s'appelle Dianne Webster. Elle a 65 ans.

06.43 Une des femmes affirme par exemple, être passée devant l'appartement des McCann plus tôt dans la soirée. Elle a remarqué que le volet de la chambre de Maddie était fermé. Hors Kate McCann déclare que la fenêtre était ouverte et le volet rentré. Un volet, répétons-le, qui ne peut s'ouvrir que de l'intérieur et qui n'a pas été forcé. Le lit de l'enfant, quant à lui, n'était pas défait comme si l'enfant n'y avait pas dormi. Intrigués les policiers portugais constatent que l'historique des communications des portables du couple McCann a été effacé. Ca ne peut être le résultat que d'une manœuvre volontaire. Alors pourquoi, pourquoi avoir effacé la mémoire des deux téléphones alors qu'un enfant vient juste d'être enlevé ?


07.31 Par ailleurs, la pression sur les policiers portugais devient vite insupportable.  Ils ont du mal à travailler sereinement au milieu des meutes de journalistes venus du monde entier, alors que l'ambassadeur britannique se trouve sur place accompagné des grands pontes de la police et de la justice portugaise. Des policiers britanniques vont bientôt également arriver pour prêter main forte sur le terrain, alors que les portugais, le contact, disons-le, n'est pas bon, les policiers portugais se sentent humiliés, ne sont-ils pas capable de mener leur enquête tout seuls?!

08.03 Les époux McCann, font de leur côté, déclaration sur déclaration, devant les caméras de télévision, et le directeur de la PJ portugaise lui-même déclare officiellement, alors que l'enquête est loin d'être terminée, qu'il s'agit d'un enlèvement. Les enquêteurs de terrains, eux, pensent à une tout autre possibilité – l'implication des parents McCann.

08.30 En effet, un certain nombre d'éléments troublants ont été constatés dans le plus grand secret par les enquêteurs.

08.35 On a fait venir d'Angleterre deux chiens, spécialisés dans la détection des cadavres et des traces de sang, et ces chiens marquent plusieurs endroits à l'intérieur de l'appartement - dans la chambre du couple et dans la salle à manger - ainsi qu'à l'extérieur du bâtiment. Plus troublant encore, ces chiens s'arrêtent sur la peluche de l'enfant et sur des vêtements appartenant à la mère de Maddie. Mis en présence d'une voiture louée par les McCann après la disparition de Maddie, ils y reniflent également des odeurs suspectes. En revanche, ils ne réagissent pas dans la voiture d'un suspect britannique qui vit à une centaine de mètres du centre de loisirs.

09.16 L'étau de l'enquête se resserre encore sur les parents de Maddie lorsque les policiers récupèrent, aux endroits marqués par les chiens, de minuscules fragments organiques qu'on compare avec les ADN de la famille McCann. L'analyse est concluante. Elle indique 15 marqueurs identiques à l'ADN de la petite fille. En France, disons-le au passage, il en faut 13 pour confondre un suspect.

09.39 Les McCann sont mis en examen depuis au début du mois de septembre, mais ils sont laissés libres de leurs mouvements.

09.46 Entre temps l'affaire prend cette ampleur internationale. La presse britannique se déchaîne contre l'incompétence de la police portugaise. Le Premier Ministre Gordon Brown lui-même est contacté par les parents de Maddie. Vous avez dit pression ? Ils se posent en victime de policiers obtus qui s'en prennent à la famille au lieu de rechercher l'enfant disparu. On signale d'ailleurs un peu partout dans le monde, et en particulier au Maroc, ce qui s'avèrera, plus tard, être une vraie fausse piste.

10.16 Un fond de soutien est crée. Par ailleurs, les dons affluent de partout. Un argent qui servira à surtout, à défendre les suspects.

10.29 Et puis c'est le coup de théâtre. Fin septembre-début octobre, de nouvelles analyses ADN effectuées par un laboratoire médico-légal britannique, à Birmingham, prennent le contre-pied des premières analyses. On accuse, encore une fois, les policiers portugais d'avoir mélangé les ADN de Maddie et ceux de ses parents au cours du prélèvement des échantillons. Le Commissaire, Gonçalo Amaral, demande aussitôt une contre expertise. "Impossible", répondent les anglais. Il n'y aura pas de contre expertise, les prélèvements ont été détruits ou perdus, on ne sait pas.

11.02 Amaral n'en peut plus, il le raconte dans son livre, tout ce tintamarre médiatique, la pression des autorités politiques, la pression de sa hiérarchie l'empêchent de travailler sereinement. Il est pris à partie par la presse, par ses confrères anglais qui lui tirent dans les pattes à tout propos. Excédé, il se lâche un jour au cours d'une énième interview dans la presse. Sanction immédiate, sa hiérarchie saute sur l'occasion et lui retire la direction de l'enquête. En deux mots : il est viré !

11.30 Gonçalo Amaral, après plusieurs mois de réflexion amère, persuadé également d'avoir touché la vérité de très près avec ses collègues enquêteurs, mais persuadé aussi d'avoir été empêché d'aller jusqu'au bout, prend la seule décision qui le réconcilie avec son honneur et avec l'honneur de ses collègues de la PJ: il démissionne et il explique dans son livre les raisons pour lesquelles il reste persuadé que les parents de Maddie ont maquillé peut-être un simple accident domestique en enlèvement mystérieux. On peut penser, c'est son cas, il nous le dira toute à l'heure, à une chute de la petite Maddie dans sa chambre, ou encore à un décès dû à une trop forte dose de somnifère administré à l'enfant pour laisser les parents tranquillement avec leurs amis au restaurant voisin. Une seule question se pose encore aujourd'hui dans cette affaire : où se trouve le corps de la petite Maddie ?

12.36 Jacques Pradel : Bonjour Mr Gonçalo Amaral

12.38 Gonçalo Amaral : Bonjour

12.39 Jacques Pradel : Alors je voudrais dire qu'il y a encore une personne de plus qui participe à cette émission, c'est Mme Paula Martins. Bonjour. Et elle est la traductrice.

12.47 Paula Martins : Bonjour

12.48 Jacques Pradel : Bonjour. Alors vous allez traduire nos, mes propos et ceux de Georges Moreas, bonjour.

12.54 Georges Moreas : Bonjour.

12.55 Jacques Pradel : Georges Moreas, donc, ancien commissaire de la police judiciaire française et qui se passionne, et il nous dira pourquoi dans un instant, pour cette affaire. Et moi il m'importe beaucoup aujourd'hui d'avoir un policier avec ce que ça représente d'expérience évidemment et de pif au mètre -  si j'ose dire -  pour aller plus loin dans cette, dans cette enquête impossible, dans cette enquête interdite comme le signale le titre de ce livre qui parait aujourd'hui en France, paru, donc, chez Bourin éditeur. Une, une première question très brève, Mr Amaral. Ce livre est paru je crois il y a un an déjà au Portugal. Pour vous, vous étiez dans l'humiliation, vous étiez dans la colère, vous étiez dans quel état d'esprit quand vous avez décidé d'écrire ce livre?

13.45 Gonçalo Amaral : J'étais dans un état d'esprit normal, conscient de mes actes et je ne me suis pas senti humilié, ni frustré. Nous autres policiers faisons notre travail pour atteindre un objectif. Nous avons une façon de travailler impartiale, objective, et l'objectif final c'est effectivement que la justice se fasse et que l'on trouve la vérité. Hors, c'est quelque chose qui n'a pas pu se faire et la procédure a été fermée avant que l'on y arrive, et mon livre c'est exactement une façon d'essayer de remettre en lumière la vérité et de montrer le travail qui a été fait par la police. Parce qu'on nous accuse, entre autre, d'être incompétents, nous avons passé beaucoup d'heures au restaurant, on ne faisait rien et voilà, le résultat de ce travail il est dans ce livre.

14.37 Jacques Pradel : Ouais, je…

14.38 Gonçalo Amaral : Alors, je le montre là dans ce livre, est-ce que nous avons été vraiment incompétents ?

14.43 Jacques Pradel : Voilà, mais je suis d'accord avec vous, mais il faut bien dire que à la fois là certains de vos confrères britanniques et toute la presse britannique unanime a présenté le Portugal comme un pays du tiers monde incapable de faire une enquête de police, quoi.

14.57 Gonçalo Amaral : Un travail qui a été très bien fait par un porte-parole du gouvernement qui était avec le couple avec une attention très spécifique, c'est-à-dire que, ce n'est pas la police qui nous accuse d'être incompétent parce que l'investigation, l'enquête était portugaise et britannique. Donc, à ce moment là, nous serions tous incompétents.

15.23 Jacques Pradel : Hmm mm. Alors, on va revenir évidement sur les détails de cette enquête et avec vous, Georges Moréas, donc, dans un tout petit instant. On va faire une première pause et on revient sur l'enquête impossible et l'enquête interdite.

(Après la pause)


15.45 Présentatrice : Cela fait aujourd'hui deux ans que la petite Maddie a disparu. A cette occasion "Café crime" reçoit un invité exceptionnel : L'inspecteur de police judiciaire portugaise qui a dirigé l'enquête pendant plusieurs mois, Mr Gonçalo Amaral. Jacques Pradel.

15.56 Jacques Pradel : Oui et en face de lui un confrère, Georges Moréas. Ils viennent de faire connaissance dans ce studio d'Europe1. Donc, rappelons, hein, vous avez été commissaire de police judiciaire. Donc, pourquoi vous vous êtes passionné depuis le début, je le sais, sur cette affaire, vous en parlez beaucoup dans votre, dans votre blog sur internet.

16.13 Georges Moréas : Oui tout à fait. En fait j'ai été sollicité au départ par… On a attiré mon attention. Ce sont des associations qui ont relayé l'enlèvement sur internet et j'essayais de me renseigner, je me suis documenté, j'ai trouvé cette affaire absolument passionnante et combien triste. Et, et donc sur mon blog je l'ai raconté au fur et à mesure, et j'ai beaucoup de questions qui reviennent sur ce blog. Et il y en a une que je pourrais poser directement à Mr Amaral, parce qu'elle revient souvent, c'est, en fait : pourquoi les policiers portugais… On a l'impression, d'ailleurs, aussi en lisant votre livre, que vous êtes parti uniquement sur une seule piste, la piste de l'enlèvement, en écartant à priori la possibilité d'un accident, d'un meurtre, ou de je ne sais quoi.

16.55 Gonçalo Amaral : C'est une bonne question. C'est peut-être là l'erreur principale de l'enquête. Mais c'est une décision qui a été une décision stratégique de la police, de la direction. On avait peur d'une réaction des parents s'ils apprenaient qu'ils étaient suspects. Et on a donc essayé cette piste de l'enlèvement. L'idée c'était de faire donc cette enquête sur la base du, de l'enlèvement et ensuite, si on arrive à une impasse on revient en arrière pour savoir ce qui se passe, ce qui s'est passé dans l'appartement. Bon, vous savez que l'enlèvement c'est le rapt d'une personne et ceux qui ont fait l'inspection, ils ont fait cette inspection comme s'il s'agissait du vol d'un objet. On a cherché des entrées et des sorties d'un trou ?????????. On ne s'est pas tellement préoccupé d'ADN, ni des empreintes digitales, ni de ceux qui habitent, ni de la façon dont les gens étaient habillés. C'était une faille de la PJ, une faille dans le protocole pour des cas de ce type et actuellement il existe un protocole d'agissement conformément aux normes internationales. On ne peut plus approcher le cas comme uniquement un enlèvement.

18.26 Jacques Pradel : Oui, mais en même temps, Georges Moréas, vous avez fait comment ? Vous avez lu le livre dans l'année ? [rires] Puisqu'il parait aujourd'hui.  Euh, on a remarqué quand même, Mr Amaral que, parallèlement aux recherches sur l'enlèvement, quand même, vous relevez des empreintes dans l'appartement sur une, notamment très importante, sur cette histoire de volet qui se ferme et de cette fenêtre ouverte ou fermée, et puis l'arrivée des chiens, quoi, qui viennent vous dire qu'il y a eu un cadavre dans l'appartement.

18.53 Gonçalo Amaral : Tout à fait. Les chiens l'indiquent. Il y a eu un cadavre et nous avons également vu que ni après, ni avant le 3 mai, ni après le 3 mai quelqu'un est mort. Donc, c'est un cadavre récent. Il n'y a aucun doute que le sang qui y a été trouvé serait le sang du cadavre de Madeleine McCann.

19.14 Jacques Pradel : Oui, alors, Georges Moréas, je pense vous avez fait beaucoup d'enquêtes, évidemment, criminelles dans votre carrière. Que représente la pression extérieure là quand vous m'entendiez toute à l'heure rappeler la pression, alors, euh: des autorités politiques; des autorités hiérarchiques; de l'Ambassadeur d'Angleterre; de la presse… Comment on se sent quand on dirige une enquête dans ces conditions ?

19.38 Georges Moréas : C'est terrible pour les enquêteurs d'avoir autant de pression. Et sur une affaire, que ce soit une affaire d'enlèvement ou une autre affaire d'ailleurs. Mais dans une affaire d'enlèvement c'est plus rare parce qu'on sait que là, en l'occurrence, il y avait une petite enfant, la vie d'une petite enfant qui pouvait être en jeu. Ce que je ne sais pas, mais peut-être Mr Amaral peut répondre, c'est : quelle est l'indépendance de la police judiciaire par rapport au pouvoir politique en particulier, ou l'administration en général ?

20.09 Gonçalo Amaral : De nos jours il n'y en a pas. Ca c'est une des grandes questions, et c'est ce qui ma conduit à sortir de la police d'ailleurs. On sent qu'il y a un grand poids politique dans la police, dans les enquêtes notamment. C'est quelque chose qu'il faut changer. Les directeurs, aujourd'hui, ce sont des commissaires politiques. Chaque fois que le gouvernement change le directeur de la police change. Donc, c'est vraiment une dépendance politique qui va de en haut en bas de la hiérarchie.

20.37 Jacques Pradel : Oui. Mais est-ce qu'on exigeait de vous des résultats très rapides?

20.43 Gonçalo Amaral : Bien au contraire. Je me souviens qu'en septembre nous avions déjà le résultat des examens de laboratoire. Et lorsque nous allons, nous nous lancions pour en connaitre les causes de la mort - parce que c'est ce qui intéresse: les circonstances de la mort, et s'il y a l'intervention de tiers ou non, ou si nous sommes uniquement devant un accident ou quelque chose d'autre - j'ai été contacté par un directeur de la police qui m'a dit de ne pas me préoccuper parce que ce ne sont pas tous les cas qui trouvent une solution, de ne pas prendre tellement cette affaire à cœur, il n'y avait pas de problème si l'enquête ne suivait pas son cours. Et donc j'ai compris que, à ce moment là que, l'affaire allait être archivée.

21.26 Jacques Pradel : Oui et vous avez surtout compris, euh… est-ce qu'on peut parler de protection du couple McCann ? Et par qui ? Vous dites dans votre livre, par exemple, qu'ils ont obtenus des renseignements de l'enquête qu'ils n'auraient jamais dû connaitre étant donné qu'ils pouvaient être susceptibles d'être même suspect, quoi.

21.46 Gonçalo Amaral : Exactement. Et d'ailleurs ils auraient dû être suspectés. La protection est venue directement d'Angleterre avec l'intervention de Gordon Brown. Une intervention vraiment désastreuse parce qu'il a cru, dès le début, dans ce couple et en termes politiques, ensuite, il ne peut pas revenir en arrière. Les manuscrits de Kate McCann le disent d'ailleurs "il faut augmenter la pression politique". C'est ce qu'il y a d'écrit sur son journal. Et tout tourne autour de cette question en fait. Ils ont eu des informations. A partir d'un certain moment ils avaient la disponibilité des officiers de liaison britanniques. Les premiers ont été chassés parce que, dès le premier jour, ils ont demandé à Kate McCann où se trouvait leur fille, parce qu'ils ont compris qu'elle devait le savoir donc il y a eu immédiatement à ce moment là une pression des chefs de ces policiers. Ils ont eu une procédure disciplinaire et leur carrière est en risque.

22.54 Il y a un autre fait. Ce couple avait des réunions pratiquement toutes les semaines avec les directeurs de la police où on les tenait informés de tout l'avancement de l'affaire. Ce n’est pas possible!

23.06 Jacques Pradel : C'est là où on marche sur la tête, Georges Moréas, non?

23.08 Georges Moréas : C'est ??????? En France, quand même, on n'en est pas là.

23.13 Gonçalo Amaral : En aucune affaire.

23.15 Jacques Pradel : Alors on va, on va revenir sur d'autres aspects de cette enquête dans un petit instant. On va, après une pause, rejoindre Amandine Alexandre à Londres pour faire le point sur ce qui se passe en ce jour "anniversaire" deux ans après la disparition de Maddie. Mon petit doigt me dit, si Amandine Alexandre va nous en dire plus dans un instant, qu'au cours d'une émission de télévision qui va passer ce soir sur Channel 4 on va montrer un nouveau portrait robot d'un nouveau suspect que la famille McCann dit ne pas avoir été recherché par la police portugaise.

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23.59 Jacques Pradel :  Avec l'ancien coordinateur de la cellule d'enquête portugaise, Mr Gonçalo Amaral, donc, qui vient de publier ce livre en France "Maddie, l'enquête interdite" chez Bourin éditeur. Avec Georges Moréas, ancien commissaire de la police judiciaire. Avec Amandine Alexandre à Londres que nous allons retrouver dans un tout petit instant. Mais d'abord une archive, une archive Europe1, elle date du mois de septembre 2007. C'est le 9 septembre très précisément. Rappelons que la disparition de Maddie remonte à la nuit du 3 mai 2007, donc très rapidement les McCann sont de retour en Grande-Bretagne et vous allez entendre le porte-parole, la porte parole du couple, qui s'appelle Justine McGuinness, explique ce retour dans leur pays.

24.45 Justine McGuinness : Kate et Gerry McCann rentrent aujourd'hui en Grande-Bretagne avec leurs jumeaux, Sean et Amélie, comme prévu. Ils veulent les réintroduire autant que possible dans la vie normale dans leurs pays. Le retour de la famille se fait avec l'accord des autorités et de la police portugaise. Les parents demandent, de tout leur cœur, que les recherches pour retrouver Madeleine se poursuivent et que tout le monde reste vigilent. La loi portugaise interdit à Kate et Gerry de faire de plus amples commentaires sur l'enquête. Bien qu'ils aient beaucoup de choses à raconter ils ne peuvent rien dire, sauf ceci : ils ne sont absolument pas responsables de la disparition de leur fille chérie.  

25.38 Jacques Pradel : Alors on reviendra dans un instant sur la situation actuelle du couple McCann puisqu'on la dit à la fois l'enquête est close. Mais Georges Moréas, vous me le disiez, là, pendant qu'on entendait ce document, il n'est pas impossible, ils sont toujours inculpés, en position d'inculpés, le couple.

25.57 Georges Moréas : Voilà, il semble que la procédure portugaise soit très différente de la procédure française.

26.00 Jacques Pradel : D'accord.

26.01 Georges Moréas : Et donc ce n'est pas vraiment une inculpation, ni une mise en examen.

26.04 Jacques Pradel : Ouais.

26.05 Georges Moréas : C'est une position de, on pourrait dire, témoin assisté.

26.06 Jacques Pradel : Témoin assisté. Ce qui est le plus proche chez nous.

26.07 Georges Moréas : Voilà, le plus proche, ça correspond.

26.09 Jacques Pradel : Voilà, donc ça veut dire que s'il y a un procès demain ils peuvent comparaitre comme témoin assisté.

26.12 Georges Moréas : Voilà

26.13 Jacques Pradel : Alors on rejoint tout de suite Amandine Alexandre à Londres. Bonjour Amandine.

26.16 Amandine Alexandre : Bonjour.

26.17 Jacques Pradel : Alors, en ce jour, là, de "anniversaire", c'est un anniversaire aussi en Angleterre ? Qu'est ce qui se passe autour de l'affaire Maddie ?

26.24 Amandine Alexandre : Alors on a beaucoup parlé de l'affaire Maddie, enfin, on a reparlé de l'affaire Maddie, en fait, à partir de ce week-end. D'abord, parce que Kate et Gerry McCann étaient invités, les invités de Oprah Winfrey, cette…

26.35 Jacques Pradel : Oui, aux Etats-Unis, oui.

26.36 Amandine Alexandre : Voilà, aux Etats-Unis. Et, en fait, c'est sur le plateau de Oprah Winfrey qu'ils ont révélé, ils ont montré une photo de Maddie, Maddie à 6 ans.

26.45 Jacques Pradel : Oui.

26.46 Amandine Alexandre : Donc c'est une photo qui a été générée par ordinateur à partir de photos de Kate et Gerry McCann à l'âge de 6 ans.

26.52 Jacques Pradel : Oui.

26.53 Amandine Alexandre : Et c'est vrai que depuis maintenant quelques jours on reparle - j'aurais envie de dire - de l'affaire Maddie. Et aujourd'hui encore plus que jamais.

27.01 Jacques Pradel : Oui.

27.02 Amandine Alexandre : Parce que ce matin la presse publiait le portrait de ce suspect. Le portrait robot d'un homme qui aurait été vu par trois personnes différentes.

27.10 Jacques Pradel : Mmm

27.11 Amandine Alexandre : Et ce soir, donc, la télévision britannique va diffuser un documentaire.

27.14 Jacques Pradel : Oui, alors, j'ai vu parce que vous m'avez fait passer le lien internet pour voir cette photo du nouveau suspect. Euh, "scarface" titre la presse anglaise parce qu'il a le visage mangé de ce qu'on appelle "la petite vérole", hein?

27.29 Amandine Alexandre : Oui c'est ça. En fait ce portrait robot, d'après ce qu'on a compris, d'après les informations qui ont filtré ce matin,…

27.35 Jacques Pradel : Oui

27.36 Amandine Alexandre : … a été élaboré à partir, surtout, d'un témoignage. Celui, celui d'une touriste britannique qui dit qu'elle a vu cet homme à deux reprises devant l'appartement des McCann et que cet homme avait une allure, hmm, qui ne pouvait pas passer inaperçue parce que il avait effectivement le visage grêlé. Elle l'a décrit comme "un homme très laid".

27.55 Jacques Pradel : Oui, il avait la tête de l'emploi, hein? Il avait une espèce de…

27.57 Amandine Alexandre : Oui.

27.58 Jacques Pradel : …de banane de rocker, visage émacié, les yeux enfoncés, euh, dans les orbites, un grand nez busqué… Enfin bref, il avait une salle gueule.

28.07 Amandine Alexandre : Oui, et donc elle dit que quand elle a vu cet homme, en fait, elle a eu peur quasiment. Elle se promenait avec sa petite fille et qu'elle a même accroché, enfin, serré la main de sa petite fille, parce que cet homme lui a fait peur.

28.18 Jacques Pradel : Oui

28.19 Amandine Alexandre : Et, euh, il y a deux autres personnes, deux autres témoins, qui disent, elles aussi, et bien avoir vu un homme posté devant l'appartement des McCann et qui fixait le balcon de l'appartement.

28.31 Jacques Pradel : Oui, alors, ce soir donc, euh, il va y avoir la diffusion sur Channel 4 de ce documentaire que vous n'avez pas vu, évidemment. Mais on en sait un peu plus, on sait ce qu'il y a dedans, ou …?

28.42 Amandine Alexandre : Alors, oui, on sait, en fait, que ce documentaire montre Gerry McCann, donc le père de Maddie, de retour à Praia da Luz. Ca a été filmé le mois dernier. Il est retourné avec deux amis qui se trouvaient également sur place, qui faisaient parti de ses amis avec lesquels il était parti en vacances et en fait avec l'aide d'une équipe d'acteurs, et bien, l'équipe de télévision a reconstitué la disparition de Maddie, et l'enlèvement de Maddie, puisque les parents de Maddie sont persuadés que leur fille a été enlevée.

29.10 Jacques Pradel : Oui. Donc reconstitution de la fameuse soirée du, la nuit du 3 au 4. Euh, je reviens tout de suite Amandine. Je voudrais simplement avoir la réaction de Mr Gonçalo Amaral avec ce qu'il vient d'entendre. Ce portrait robot notamment, cet homme décrit par des témoins, les journaux anglais disent que, une fois de plus, la police portugaise n'a pas suivi cette piste mais que ces témoins s'étaient bien adressés à vous à l'époque. C'est vrai ?

29.36 Gonçalo Amaral : Bon. Je pourrais en rire si la question n'était pas sérieuse parce que c'est une tristesse de voir ces preuves, entre guillemets, d'enlèvement. Parce que l'enquête de voisinage que nous avons réalisé a permis de détecter plusieurs suspects dans cette zone. Nous avons entendu tout le monde, mais c'est vraiment triste de voir qu'il y a eu quelqu'un qui était dans le jardin que nous n'avons pas identifié. Nous avons une idée de cette personne qui correspond à cela, et on ne parle pas de cette personne qui est dans le jardin. Il y a un monsieur qui correspond à la description physique de ce collègue, David Payne, qui est vu sur ce lieu. C'est étrange qu'on mette ce genre de chose de côté et qu'on cherche des portraits robots. Il faut que ce soit toujours quelqu'un qui ait un air méditerranéen, laid, pas du tout britannique, quelqu'un qui fasse peur. Et c'est un peu la façon de faire des anglais. C'est encore quelque chose dans le même vaine de ce qui a été fait. Et c'est triste.

30.50 Jacques Pradel : C'est ça. Bien. Alors, et bien c'est très clair en tout ce que vous dites. On fait une nouvelle pause et puis on revient sur l'affaire Maddie dans un petit instant avec Mr Gonçalo Amaral et avec Georges Moréas.

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31.10 Et avant de redonner la parole à mes invités en studio on retourne à Londres auprès d'Amandine Alexandre. Euh, vous nous disiez donc que la presse anglaise reparlait finalement de cette affaire, ben à cause surtout de l'émission que le couple McCann a fait aux Etats-Unis avec Oprah Winfrey. On en reparle également parce qu'il y a la diffusion de ce fameux portrait robot dans l'émission de télévision ce soir, plus cette reconstitution, donc, de la soirée du 3 mai. Mais autrement sur la, l'idée que les parents McCann pourraient être impliqués dans cette affaire, Amandine. Qu'est-ce qu'en dit l'opinion britannique ?

31.45 Amandine Alexandre : Ben, écoutez la presse britannique depuis le mois de juillet dernier, donc, depuis que l'enquête portugaise a été close…

31.53 Jacques Pradel : …a été close. Oui.

31.53 Amandine Alexandre : … voilà, euh, pour la presse britannique les parents de Maddie sont innocents. Enfin, il y a plus, il n'a plus du tout été question de la culpabilité des parents, et, on, ben on, le documentaire revient sur la vie des McCann maintenant sans leur fille. Euh, le fait que Kate McCann a arrêté de travailler pour se consacrer uniquement à la recherche de Maddie et dans la maison du couple, et bien il y a toujours la chambre de Maddie qui est là, et dans le documentaire Kate McCann apparemment raconte que plusieurs fois par jour elle se rend dans sa chambre pour parler à Maddie. Lui dire "voilà ce qu'on va faire aujourd'hui", et que les deux enfants du couple, les jumeaux, qui ont maintenant 4 ans, parlent aussi de leur petite sœur. Donc, les soupçons qui pesaient contre les McCann il n'en était plus du tout, du tout question dans les médias britanniques.

32.46 Jacques Pradel : Et bien je vous remercie beaucoup pour ce point, Amandine. Je rappelle Amandine Alexandre est la correspondante d'Europe1 à Londres. Je pense que vous regarderez la télé ce soir?!

32.55 Amandine Alexandre : Oui. C'est prévu.

32.56 Jacques Pradel : Merci beaucoup, Amandine.

32.57 Amandine Alexandre : Au revoir.

32.58 Jacques Pradel : Bonne après-midi. Euh, Georges Moréas vous aviez des, des questions justement qui reviennent sur la, sur le couple McCann.

33.05 Georges Moréas : Oui, parce que si je comprends bien ce soir il va y avoir une reconstitution avec des comédiens. Alors je voudrais demander à Mr Amaral si après les évènements, après la disparition de Maddie, est-ce qu'il y a eu une reconstitution au Portugal ou pas ?

33.22 Gonçalo Amaral : C'est parmi les premières diligences que nous avons essayé d'effectuer, mais il a été décidé supérieurement qu'il n'y avait pas de condition sur le terrain pour faire cette reconstitution. Il y avait trop de journalistes présents. Trop de personnes étaient là en vacances et on allait interrompre les vacances de ces personnes. Il fallait fermer l'espace aérien et donc il a été dit que la reconstitution serait faite plus tard. Mais plus tard, après que le couple était constitué suspect, mis en examen, le couple s'y est refusé. Et ceux qui nous ont remplacés, le Ministère Public a agit d'une façon que nous considérons un peu étrange parce que la reconstitution, il y avait des témoins et les suspects mis en examen et la reconstitution n'était pas obligatoirement à réaliser dans la présence de tout le monde. Mais le couple devait le faire, devait revenir au Portugal mais le Ministère Public a décidé qu'il n'y avait pas d'intérêt à faire cette reconstitution uniquement avec le couple. Et c'est dommage, parce qu'aujourd'hui nous n'aurions pas toutes ces confusions.

34.39 Jacques Pradel : Bien sûr. Mais je pense que la, la, même si vous n'êtes plus dans l'enquête, puisque vous avez démissionné, rappelons-le, pour écrire votre livre, vos confrères portugais vont regarder avec beaucoup, beaucoup d'attention la reconstitution qui a été faite. Puisque tout le monde le dit sur les indications de la famille McCann et de leurs amis.

35.00 Gonçalo Amaral : Nous allons la suivre tous ensemble, parce qu'il ne faut pas oublier que cette reconstitution est fondée sur trois personnes. Mr Gerald McCann, Mr Matt Oldfield et nous, et tous mentent soi-disant. Donc nous allons voir qui ment et nous espérons que l'enquête sera rouverte. Ils espèrent que non. Mais ce sera un document important, même pour l'enquête. Le document qui va être vu aujourd'hui, fondé sur des mensonges, est important. Ensuite ce qu'il faut voir est ce qu'il y a derrière.

35.36 Jacques Pradel : Oui. Et, est-ce que j'ai bien compris que la justice portugaise se garde la possibilité de relancer l'affaire même si l'enquête est officiellement close aujourd'hui ?

35.49 Gonçalo Amaral : L'enquête n'est pas close en fait. Elle est archivée en attente de meilleures preuves et c'est pour cela qu'ils sont encore suspects, mis en examen. Parce que si l'affaire est close…

36.03 Jacques Pradel : Je vous interromps juste.

36.06 Gonçalo Amaral : Oui.

36.06 Jacques Pradel : Oui. Pardonnez-moi.

36.06 Gonçalo Amaral : Il faut, on peut rouvrir la procédure.

36.07 Jacques Pradel : Oui, justement. Mais c'est là-dessus que je voulais ajouter une question. C'est ce qu'on appelle en France - Georges Moréas, vous m'arrêtez si je me trompe - un fait nouveau qui peut relancer une affaire qui est dans la période de prescription, quoi.

36.21 Georges Moréas : C'est ça la différence. Chez nous l'enquête n'est pas archivée, disons.

36.23 Jacques Pradel : Archivée. Oui, voilà, c'est ça. Donc, un fait nouveau peut relancer l'enquête portugaise.

36.28 Gonçalo Amaral : Oui, tout à fait. Mais c'est le Ministère Public qui doit l'analyser.

36.34 Jacques Pradel : D'accord.

36.35 Gonçalo Amaral : Seul le Ministère Public peut le décider en analysant ces nouveaux faits, s'il le considère d'intérêt. Mais peut-être que le Procureur Général de la République doit changer pour cela.

36.47 Jacques Pradel : Bien, oui ça c'est la suite de ce que vous disiez toute à l'heure. Oui, Georges…

36.51 Georges Moréas : Oui, et si les parents demandent de relancer l'enquête ?

36.55 Gonçalo Amaral : Ca serait intéressant. Mais vous savez que les parents ne veulent pas d'enquête au Portugal et ne le veulent pas non plus en Angleterre parce que nous avons entendu, toute à l'heure, que la presse britannique est du côté des parents, donc les considère responsable de rien, mais la population anglaise, par-contre, ce n'est pas tout à fait la même chose. Il y a des gens qui essaient de trouver ce qui s'est passé avec cette petite fille. Ce n'est pas pour accuser les parents, mais ils veulent qu'une enquête soit ouverte en Angleterre parce que l'enfant est britannique et comme vous le savez, les autorités britanniques ont une compétence pour le faire. Mais les parents ne veulent pas d'enquête. Une enquête policière, ils n'en veulent pas.

37.33 Jacques Pradel : Alors on va faire une dernière pause et passer à la dernière partie de l'émission. Le temps passe très vite. Je vous rappelle que, si vous prenez l'enqu…l'enquête, l'écoute maintenant, nous parlons de l'enquête sur Maddie. "Maddie, l'enquête interdite" c'est le titre du livre de Mr Gonçalo Amaral, ancien coordinateur, donc, des recherches sur Maddie. Ce livre parait aujourd'hui chez Bourin éditeur. Il y a pas mal de révélations dedans, dont certaines dont nous n'avons pas encore parlé. Nous y venons dans un instant.

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38.07 Présentatrice: Avec à la une de "Café Crimes" aujourd'hui sur Europe1 l'affaire de la disparition de la petite Maddie. Jacques…

38.12 Jaques Pradel : Oui voilà, si vous doutiez du fait que nous sommes en direct, vous le savez maintenant. Alors, question directe tout de suite à Mr Gonçalo Amaral et là je me réfère vraiment au livre qui vient de paraitre. Vous parlez de, vous dites que tous ces couples se retrouvent depuis de nombreuses années pour des vacances courtes, comme ça, un peu exotiques et notamment donc à Minorque je crois, en Majorque, pardon, à Majorque en 2005, et moi, quand je vous lis, je comprends que David Cayne, David Payne, pardon, ressemble fortement à un pédophile. Vous n'écrivez pas le mot "pédophilie", mais vous laissez entendre qu'il a des gestes déplacés par rapport aux enfants.

38.57 Gonçalo Amaral : Non, je ne l'utilise pas ce mot. Je parle dans ces gestes obscènes par rapport à Madeleine McCann. C'est une dénonciation qui a été faite le 16 mai 2007, en Angleterre, 14 jours après la disparition, et qui n'est arrivée à la police judiciaire que le 26 octobre, après que je sois sorti. Et on en a rien fait.

39.23 Jacques Pradel : D'accord.

39.24 Gonçalo Amaral : Donc, outre ce geste, si vous regardez bien ce qui est écrit, il baignait les enfants d'une certaine façon déplacée. C'était lui qui baignait les enfants et on se demande s'il l'a pas fait avec la, avec la petite ce jour du 3 mai.

39.43 Jacques Pradel : D'accord.

39.44 Gonçalo Amaral : C'est une dénonciation mais il n'y a aucune enquête en Angleterre. D'ailleurs ils disent qu'ils n'ont plus le papier de cette dénonciation.

39.50 Jacques Pradel : Alors maintenant, si on veut continuer dans la logique qui est la logique de votre livre, où vous dites donc clairement pour moi cette petite fille est morte dans cet appartement, les chiens nous l'ont prouvé, les traces de sang nous l'ont prouvé, et on a camouflé ce qui s'est passé en enlèvement, mais que vous trouvez vous totalement fantasmatique, alors ça veut dire que tous les couples qui sont venus en vacances avec les parents McCann sont complices. Et se sont entendus.

40.19 Gonçalo Amaral : Disons que, moi, ils sont complice de négligence ou auteurs de négligence sur leurs propres enfants parce qu'ils ont abandonnés leurs enfants pendant ces soirées. Des enfants de 2-3 ans qui restaient dans les appartements tout seul jusqu'à très tard.

40.36 Jacques Pradel : Très tard, oui.

40.37 Gonçalo Amaral : C'est quelque chose qui, en Angleterre, peut conduire à ce qu'on retire la garde des enfants. Alors si c'est arrivé à Madeleine, si l'enquête continuait on pourrait avoir compris pourquoi ils mentaient, pourquoi est-ce que Matt Oldfield ment, et pourquoi plusieurs personnes mentent ? Parce qu'à 22h quelqu'un de l'autre côté de la villa voit Gerald McCann avec l'enfant, portant l'enfant et quelqu'un d'autre dit que l'enfant a été vu porté par Gerald McCann mais qu'il allait dans un sens contraire. Donc, il faut comprendre cela.

41.15 Jacques Pradel : Vous avez, Georges Moréas, une intime conviction, comme ça, sur cette affaire ?

41.19 Georges Moréas : Ben, je dois avouer que je suis, je suis assez d'accord avec mon collègue portugais Amaral parce que tout ça est cousu de fil blanc, et je comprends très bien qu'il ait un peu – excusez-moi l'expression – qu'il ait les boules, quoi.

41.34 Jacques Pradel : Oui, parce que, bon, vous avez lu ce livre à fond aussi, hein ? Donc, euh, il y a peut-être un dernier point qu'il faut faire préciser à Mr Amaral. C'est que l'accident domestique que vous imaginez- je vous demande de répondre très rapidement - c'est soit une chute de l'enfant pour une histoire de, de, de siège, enfin, euh, je cherche le… de canapé - mais ça vous avez expliqué dans le livre - soit le fait qu'on lui ait administré un somnifère et apparemment vous avez la preuve que les parents ont administré des somnifères à leurs enfants ?

42.06 Gonçalo Amaral : Il y a un témoin, un témoignage. Il n'y a pas d'autres preuves. La question de l'accident est très simple. C'est une pyramide qui peut aller jusqu'à la mort par l'intervention de tiers. C'était là postulat du départ. La première hypothèse, pour justifier le sang et l'odeur de cadavre derrière le canapé, c'était l'accident. Compte tenu de la position du canapé et la fenêtre. Mais c'est un postulat. Un point de départ pour comprendre ce qui s'est passé, voire les circonstances, les causes de la mort et s'il y a une intervention ou pas de tiers. Comme le couple n'a pas laissé que l'on fasse quelque chose, que l'on fasse l'enquête plus avant, nous n'avons pas pu développer.

42.54 Jacques Pradel : Voilà. Donc, point d'interrogation mais en même temps un dossier extrêmement argumenté. Je vous remercie beaucoup Mr Amaral. Merci Georges Moréas. Voilà, qui a laissé sa place à Faustine Bollaert. Mais non, Faustine, faut juste… je redonne simplement le titre de ce livre qui vient de paraitre aujourd'hui. Donc, "Maddie, l'enquête interdite", les révélations du commissaire portugais chargé de l'enquête. C'est chez Bourin éditeur.

 

Commentaires

bravo et félicitations pour la qualité de toutes ces informations monsieur levy; J'attends d'aller acheter le livre..

Écrit par : mml | 08/05/2009

Quelle journée ! Importante pour Madeleine et M. AMARAL.

Merci pour vos témoignages, dont celui de Olivier, sur le livre.

Marie(f) a pu croiser et "accompagner" M. et Mme AMARAL à Paris, et la semaine dernière c'était Tânia à Lisbonne ! (Je tire mon chapeau à Mme AMARAL).

C'est sympa d'avoir représenté le blog de M. Lévy, en passant du virtuel à la réalité.

Cela a dû leur faire chaud au coeur de donner un visage à quelques noms. Même si sur le coup, ils étaient préoccupés, cela leur reviendra à l'esprit quand ils en auront besoin !

GA avait fait un appel, je crois, où il déclarait que même une petite remarque sur un forum pouvait apporter un petit éclaircissement. Lors de leurs collaborations, M. Lévy lui fait peut être part de notre soutien international.

Merci M. Lévy, perso, grâce au lien, j'ai pu écouter l'interview sur Europe1 :

GA a dit que les enquêteurs ont tout de suite compris qu'il y avait un problème du côté des parents et des amis (heureusement, leur discrétion a permis d'effectuer des investigations supplémentaires).

M. Moréas a eu bp de compréhension envers GA et a déclaré que les actions des McCann étaient cousues de fil blanc, que le nombre de "machins choses" de l'ADN était supérieur à celui nécessaire en France pour confondre quelqu'un, etc ...

Un spécialiste au F.B.I / U.S.A., et maintenant un grand Commissaire à Paris ...

Vérité sera faite, sinon devant les tribunaux, au moins aux yeux du monde tant sollicité, et qui aujourd'hui vit dans le doute.

Sur l'autre blog, qq'un reprochait à M. Moréas : sur quels critères il pouvait affirmer que les réactions des McCann étaient différentes de celles des autres parents d'enfants disparus en général ?

J'ai un petit élément de réponse :

Que les parents fassent de la course à pied pour se de-stresser, OK, mais quand on consultait le blog du papa, au lieu de lire qq chose concernant Madeleine, on lisait que sa femme avait mis moins de secondes que la veille pour monter et descendre la colline ... (Bien sûr cela intéressait la planète ! Bien sûr c'était le genre de nouvelles que l'on espérait y trouver !)

Bonne nuit.

Écrit par : Dannie | 08/05/2009

Très bien menée par Mr Pradel cette première partie d'émission que nous transmets Mr Levy.

Mr Levy : un très grand merci de nous présenter tout cela ainsi par écrit sur ce blog, car nous sommes nombreux à ne pas avoir pu entendre l'émission, ni pouvoir la capter sur Internet (si pour certains c'est possible)

Très cohérentes les réponses de Mr Amaral jusque là.

Encore un grand merci Mr Levy. C'est extrêmement intéressant votre rapport d'émission. (ainsi que tous vos écrits d'ailleurs)

Quant au livre, dès qu'il parait en librairie je l'achète bien entendu. Je l'ai déjà demandé mais il n'était pas encore en vente, seulement annoncé pour courant mai.

Écrit par : michelle | 08/05/2009

Oui, un grand merci à monsieur levy pour toutes ces informations claires vraiment bien conçues et tout le travail
derrière avec toute la clarté de la communication et toutes les qualités de la diversité des sources.
J'ai écouté cette émission avec intérêt/

J'achète évidemment le livre dés qu'il parait dans la librairie proche de chez moi..

Écrit par : MML | 08/05/2009

Merci pour le lien de l'émission, bravo Mr Pradel pour votre émission.
Je vais acheter le livre, c'est obligé.

Écrit par : Stéphanie | 09/05/2009

Les commentaires sont fermés.